Question ouverte au Conseil National de l’Ordre des Médecins


Mesdames, Messieurs, Chers Confrères


J’aimerais avoir la position du Conseil de l’Ordre sur différents points concernant les modalités d’exercice dans les services de santé au travail et principalement sur les modalités de collaboration avec les infirmières actuellement recrutées dans ces services au motif de la pénurie des médecins du travail:

Dans trois services de santé au travail proches, des infirmières ont été recrutées avec ou sans l’accord des médecins ou de leurs représentants.

Dans ces services, l’infirmière travaille auprès de un ou de plusieurs médecins. Dans tous les cas, l’infirmière est rattachée, dans l’organigramme, directement à l’administration du service (les services étant administrés par des employeurs).

A aucun moment dans les cas exposés il n’a été prévu de dépendance administrative vis à vis de l’employeur et de dépendance technique vis à vis des médecins; de ce fait  il s’agit explicitement ou implicitement d’un transfert de tâches et non d’activités déléguées sous la responsabilité des médecins.

Comment est-ce possible en particulier dans le cadre de relations médecins/infirmiers?

Certaines de ces infirmières ont accès aux dossiers médicaux, et, compte tenu de ce qui est dit plus haut et de la diminution du nombre des médecins du travail, ne va-t-on pas arriver à une disparition du secret médical?

D’autant que certains services envisagent sérieusement de centraliser tous les dossiers médicaux du service (ou l’ont déjà fait) ce qui rend ou rendra difficile la mise en œuvre de la responsabilité personnelle du médecin vis-à-vis des dossiers des salariés dont il assure le suivi en santé au travail. Et pourrait faciliter l’accès des employeurs au contenu des dossiers, soit par la centralisation de l’archivage, soit par l’accès aux dossiers médicaux de personnels placés sous la responsabilité directe des employeurs.

Certaines de ces infirmières pratiquent des entretiens médico-professionnels. Une infirmière peut-elle pratiquer un entretien médico-professionnel? Un service appelle ces entretiens: entretiens médico-professionnels infirmiers. (ci-joint un exemple de contenu).

D’autres infirmières ont des activités en milieu de travail. Parmi les actions menées, je vous cite deux exemples:

Vaccination des salariés contre la grippe (ce qui sauf situation épidémique exceptionnelle n’est ni une priorité de santé au travail ni une priorité de santé publique dans les tranches d’âge concernées).

Ces infirmières vaccinent donc, sans prescription médicale, des salariés de moins de 65 ans, n’ayant pas forcément de facteur de risque et dont c’est parfois la première vaccination.

Quelle est la légitimité de ces actions décidées par les seuls employeurs, et concernant des salariés dont le suivi en santé au travail est théoriquement sous la responsabilité des médecins du travail?

Promotion de l’hygiène de l’alimentation et du sommeil chez des travailleurs de nuit en 4x8 alternant, en lieu et place de réflexion sur l’organisation du travail de nuit (par exemple: le travail de nuit est-il indispensable, peut-on envisager de constituer des équipes de nuit fixes, de faire appel au volontariat…?

On le voit, ce type d’action est loin de la prévention primaire des risques (élimination du risque à sa source lorsque cela est possible), et pose des questions éthiques.

Je sollicite donc votre avis sur ces différents points qui m’inspirent de vives inquiétudes déontologiques.

D’autant que ces états de fait s’installent à bas bruit, sans débat, sans véritable résistance non plus des médecins du travail, dont il faut bien dire à leur décharge qu’ils croulent actuellement sous le travail (crise socio économique, souffrance au travail (et sa médiatisation), grippe A H1N1 (et sa médiatisation), effectifs de salariés suivis importants, complexité croissante des situations de santé au travail, judiciarisation de l’exercice, formalité impossible car il est actuellement impossible de réaliser l’ensemble des tâches prescrites dans les textes qui régissent la médecine du travail.

Veuillez agréer,  Mesdames, Messieurs, Chers Confrères, l’assurance de ma considération respectueuse.

Le 23 novembre 2009

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L’exercice infirmier sous délégation du médecin

La «visite périodique est fixée réglementairement, sans excéder trois ans, pour les salariés qui ne sont pas exposés à des risques spécifiques.

Ces derniers bénéficieront, dans l’intervalle, d’un ou plusieurs entretiens « médico-professionnels » assurés par un infirmier(e) en santé au travail, sous délégation du médecin du travail.

L’infirmier(e) en santé au travail évalue le besoin d’une visite auprès du médecin du travail, qui est seul compétent pour se prononcer sur l'aptitude médicale. » (Medef Sept. 2009)